Alternance ou Apprentissage ?

Crédit photo Jørgen Håland

Qui suis-je ? Un alternant en apprentissage ou un apprenti en alternance ?

Alternance ou Apprentissage ? La question agace. Lequel de ces deux mots doit désigner la formation d'un jeune qui signe un contrat de travail dans une entreprise en même temps que son inscription dans une école et qui partagera son temps entre l'une et l'autre jusqu'à son diplôme ?

La confusion est à son comble, les étudiants qui s'engagent dans des études supérieures après le BAC ignorent tout de « l'apprentissage », mais sont très informés de « l'alternance » ! A tel point qu'ils se montrent très étonnés quand on leur apprend qu'en alternance ils seront aussi des apprentis !

Cependant, les élèves qui s'orientent vers des CAP ou des BEP savent parfaitement eux qu'ils entrent en apprentissage mais se demandent parfois s'ils seront aussi en alternance !

A force de vouloir substituer le mot« alternant » à celui d'« apprenti », l'Éducation Nationale à réussi à embrouiller tout le monde.

Or il n'y a pas à choisir entre l'alternance et l'apprentissage, l'un et l'autre recouvrent la même chose : une formation partagée entre école et entreprise, sous contrat d'apprentissage. Ayant signé leur contrat, un étudiant en 5ème année de chimie et un autre en 2ème année de chaudronnerie sont tous deux des apprentis.

Impasse

Il faut remonter un peu dans le temps. Celui où l'Éducation Nationale, animée par quelques esprits éclairés, dénonçait à toute force la « voie de garage » que constituait, à ses yeux, « l'apprentissage ». Des fonctionnaires zélés, issus pour la plupart de couches sociales favorisées et soucieuses d'égalité, s'évertuèrent à démolir l'image de l'apprentissage pendant des décennies, au prétexte du combat social, avec le résultat que l'on connaît.

En france, en 2020, 1 500 000 jeunes sont sur le carreau, ni en études, ni en emploi, ni en formation (étude Insee - mars 2020).

Cependant le gouvernement se félicite d'avoir doublé les effectifs d'apprentis en quatre ans, une réussite qui a surtout profité aux étudiants en études supérieures, comme en témoigne le rapport de la cour des compte de juin 2022 : « l’essor sans précédent des entrées en apprentissage (+ 98 % depuis 2019) a surtout concerné les formations après le baccalauréat, destinées à des étudiants pourtant moins concernés par les difficultés d’insertion sur le marché du travail que les jeunes de niveau CAP ou baccalauréat ».

La « voie de garage »

Revenons à l'histoire. Portée pendant des dizaines d'année par la communauté enseignante, l'idée désastreuse de « voie de garage » associée à l'apprentissage s'installera pour longtemps dans les familles.

En 2003, le jeune secrétaire d'État au Commerce et à l'Artisanat Renaud Dutreil, dans un discours à l'occasion d'une nouvelle réforme qui devait diminuer le chômage des jeunes, présente son Livre Blanc pour la modernisation de l'apprentissage et déclare en préambule : « Il faut tout d'abord réussir la révolution culturelle qui redonnera à l'apprentissage une image conforme à sa réalité. L'enquête que j'ai commandée [...] montre l'image erronée et dépassée qu'ont les jeunes et leurs familles de l'apprentissage ».

La « révolution culturelle », le mot est lancé, il deviendra l'étendard des générations successives de ministres et conseillers techniques de la rue de Grenelle. Jusqu'à Muriel Pénicaud qui le transformera en « révolution Copernicienne », plus heureuse car elle sera la seule qui transformera réellement le vieux tromblon décati en machine moderne.

Donc, pour en finir avec cette image infâmante, qu'ils avaient eux même initiée et entretenue pendant des décennies, les élites des ministères (Travail et Education) imaginèrent en changer le nom. Un « Apprenti » allait devenir un « Etudiant des métiers », et hop, fini le préjugé ! Mais comme celui-ci était bien arrimé dans les esprits, il fallait taper fort, et cher.

La carte nationale d’« apprenti, étudiant des métiers » est instituée. Puis, à grand renfort de publicité, le nouveau ministre du travail Jean-Louis Borloo tente d'effacer dans les mémoires le « vilain » mot « apprenti » au profit du seul « étudiant des métiers ». Peine perdue, vingt ans ans plus tard et des millions d'euros dépensés, plus personne ne se souvient de l'étudiant des métiers.

Il est heureux de voir aujourd'hui que de nouveaux hussards de la république conservent cette vertueuse obstination qui a fait la grandeur de leurs ainés dans l'histoire de l'Education Nationale. Cette fois, « l'apprentissage », peu valorisant et désuet, doit disparaître au profit de « l'alternance », plus stylée. Et, à grands coups de discours et de communication, « l'apprentissage » disparaît en effet de l'horizon des jeunes plus favorisés ou plus chanceux, des étudiants en BAC + qui sont invités à regarder ceux qu'on nomment les apprentis (CAP, BEP) avec le dédain suggéré par l'académie, persuadés d'appartenir à une classe supérieure : les alternants !

La classe des alternants vs la classe des apprentis

En tentant de dissoudre un joli mot emprunt de la noblesse d'un art : « l'apprentissage », dans un autre assez laid : « l'alternance », ces élites ont créé les conditions d'une nouvelle rupture, au moment même où la fusion semble réussir. Aujourd'hui, un jeune de 20 ans, si personne ne l'y invite, ne s'offensera pas d'être un apprenti, le préjugé ayant pratiquement disparu assez naturellement.

On s'interroge sur le bien-fondé de mesures ou de décisions qui conduisent à rétablir les vieilles lunes et « défaire un peu plus le tissu social » [*].

L'APPRENTI, le média que vous lisez en ce moment même, tient son titre de cette noble disposition qu'est « l'apprentissage » : un enseignement pratique et théorique qui permet d'acquérir une expérience, une maitrise, un métier; en alternance :) Pour tous !

Votre avis:

  • Avis (2) de : Garga (Vendredi 6 janvier 2023)

    Comme c'est stupide en effet d'entretenir cette confusion. Ils finiront par vous avoir. Battez vous on vous aime :?^?)

  • Avis (2) de : kenzo (Vendredi 6 janvier 2023)

    Sur que je préfère être un apprenti qu'un alternant. trop moche !

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Salaire d'un apprenti : indicateur 2023
Moins de 18 ans 18 à 20 ans 21 ans à 26 ans
1ère année 462 € (27% SMIC) 735 € (43% SMIC) 906 € (53% SMIC)
2ème année 667 € (39% SMIC) 872 € (51% SMIC) 1 043 € (61% SMIC)
3ème année 940 € (55% SMIC) 1 145 € (67% SMIC) 1 333 € (78% SMIC)
Salaire d'un apprenti de 26 ans et + : 1 709.28 €