Un match de foot ne se gagne pas qu’avec les pieds

Comment se relever après une chute ? Grâce à la psychologie collective. Jeffrey F Lin / Unsplash, CC BY-SA

Lorsqu’un athlète de sport collectif subit un stress à l’origine individuel, comme le fait de commettre une erreur, être réprimandé par l’arbitre ou recevoir une remarque de son coach, la tension qui en résulte peut être transmise à plusieurs de ses coéquipiers. Le stresseur individuel (ou facteur stressant) devient partagé, et pour maintenir le niveau de performance de l’équipe il est de la responsabilité des coéquipiers de développer des stratégies collectives pour y faire face.

Je suis psychologue clinicienne de formation et je travaille actuellement dans le cadre de mon doctorat pour comprendre comment se mettent en place ces mécanismes et quelles sont les stratégies collectives que peuvent mettre en place les équipes. Je cherche donc à savoir comment, collectivement, faire face à des stresseurs partagés ?

Quand le stress individuel se transmet à l’équipe

Mon travail de recherche s’appuie sur mon autre activité, je suis la psychologue du pôle France féminin de football. Il est destiné aux jeunes filles de 15 à 18 ans avec le double objectif de développer leurs compétences de joueuses de football mais aussi d’assurer l’obtention du baccalauréat et la préparation aux études supérieures.

Les débuts du Pôle France Féminin de football à l’INSEP.

Un des objectifs de mon travail est de développer les compétences interpersonnelles de jeunes joueuses pour leur apprendre à faire face ensemble à l’adversité. Jusqu’à présent, la littérature scientifique s’est davantage centrée sur la manière dont l’athlète fait face individuellement au stress sans prendre en compte les possibles stratégies collectives développées par l’équipe. Le comblement de ce manque scientifique a pour objectif de mieux comprendre la performance collective.

Les études menées dans le cadre de mon doctorat ont eu pour but de déterminer quelles formes prenaient ces stratégies collectives, comment peut-on les quantifier, quelle est leur efficacité et comment peut-on entraîner les athlètes pour les mettre en place ?

Pour commencer, nous avons réalisé des entretiens avec plusieurs athlètes de sports collectifs sur les stresseurs partagés qu’ils rencontraient en match et les stratégies collectives qu’ils développaient en équipe pour faire face.

Les stresseurs partagés les plus souvent cités par les athlètes concernaient les décisions arbitrales, les comportements d’entraîneurs (en colère ou sans solution lors des « moments critiques du match »), le manque d’engagement des coéquipiers ou le comportement des adversaires (provocants ou tout simplement meilleurs sur le terrain). Face à ces stresseurs partagés, les athlètes ont décrit leurs manières de réagir ensemble. Ainsi, dans leurs discours nous avons relevé une grande variété de stratégies collectives.

Des stratégies contre le stress

Pour faciliter la compréhension de ces différentes stratégies, nous les regroupons en catégories en lien avec leurs fonctions. Parmi les nombreuses stratégies citées, nous avons déterminé trois grandes fonctions. Ainsi face aux stresseurs partagés les athlètes peuvent unir leurs efforts pour :

  • Résoudre ensemble les problèmes : en échangeant des informations tactiques, en changeant un plan de jeu ou en augmentant la quantité de leurs efforts par exemple.

  • Maintenir les relations dans l’équipe malgré la présence de stresseurs : en continuant de s’encourager (par des gestes ou des paroles) ou en se regroupant physiquement sur le terrain (on peut souvent l’observer chez des rugbymen après un essai encaissé, des volleyeurs entre les points importants ou des basketteurs avant un lancer franc).

  • Réguler leurs émotions face aux stresseurs : en se calmant les uns les autres, en rassurant l’un des leurs si il est en difficulté, parfois même en utilisant l’humour pour dédramatiser des situations.

Enfin, quand l’équipe n’y arrive plus et que les stratégies présentées précédemment ne sont plus mises en place, les athlètes peuvent se désengager en arrêtant de fournir les efforts nécessaires, ils ou elles baissent les bras. Prenons l’exemple récent de la défaite et l’élimination historique du PSG face à Manchester United. Les stresseurs ont été nombreux : des erreurs individuelles, des décisions arbitrales, un scénario délirant et ils semblent s’être propagés à l’ensemble de l’équipe. En regardant ce match, j’ai observé des comportements de désengagement de l’équipe en deuxième période : les joueurs ne fournissaient plus les efforts nécessaires, ne développaient plus leurs stratégies de jeu et s’éteignaient progressivement. Cela dit il m’est impossible de conclure quant aux causes de ces comportements observables de l’extérieur, il est important de souligner que le stress est un mécanisme complexe, très dépendant de l’environnement et il eût fallu faire partie de cet environnement pour pouvoir expliquer cette défaillance collective.

La suite de mes études a permis de construire un questionnaire permettant de quantifier l’utilisation de ces stratégies par les équipes, et une étude menée auprès des joueurs de centre de formation de football s’attache actuellement à montrer l’impact de ces stratégies sur la performance. Enfin, un programme d’entraînement de ces stratégies est en cours d’élaboration, les jeunes joueuses du pôle France en profiteront à la rentrée 2019.

Les joueuses et le staff du pôle France Féminin INSEP. INSEP/FFF

Ce programme d’entraînement participera au développement d’habiletés spécifiques à une équipe (connaître notre fonctionnement et sur quelles ressources nous pouvons nous appuyer, trouver et développer notre mode de communication efficace) mais également au développement d’habiletés plus individuelles, non dépendantes de l’équipe, que les joueuses pourront exporter quelque soit l’équipe à laquelle elles appartiennent. Parmi ces habiletés individuelles nous souhaiterons mettre l’accent sur le développement de compétences émotionnelles à la fois intra et interpersonnelles. Ainsi nous pensons que si les athlètes sont davantage en mesure d’identifier, de comprendre et de réguler leurs émotions mais aussi celles des autres, cela les aidera à s’engager dans des processus de gestion du stress collectif.

La psychologie de la performance est une science complexe : une imbrication de collectif et d’individuel. Je travaille essentiellement sur les processus de gestion du stress dans le collectif, mais je m’intéresse également aux autres aspects décrits dans la littérature. Dans les équipes professionnelles, on observe la présence de leaders. Doit-on avoir un seul meneur ou onze ?

Un leader ou des leaders ?

Jusqu’à une dizaine d’années, la majorité des recherches sur le leadership en sports collectifs étudiaient le rôle et l’influence d’un unique leader (souvent externe à l’équipe comme l’entraîneur ou le manager) en ignorant la possibilité d’un leadership partagé émanent de plusieurs membres de l’équipe.

Or, les études tendent à montrer aujourd’hui que le leadership partagé serait un meilleur prédicteur du bon fonctionnement des équipes.

Ainsi, plusieurs études tentent aujourd’hui de mieux comprendre le partage du leadership dans les équipes de sports collectifs. En 2014, une étude a mis en évidence quatre principaux rôles de leadership partagé :

  • le leader de « tâche » qui exerce son rôle sur le terrain en recentrant ses coéquipiers sur les objectifs collectifs et/ou en donnant des conseils tactiques en cours de match

  • le leader motivationnel qui encourage ses coéquipiers sur le terrain

  • le leader social qui est en charge de la vie de groupe en dehors du terrain

  • le leader externe qui fait le lien entre l’équipe et l’environnement extérieur (les sponsors, les managers du club, etc.)

Un même individu peut regrouper plusieurs styles de leadership (par exemple il n’est pas rare que le leader de tâche soit également le leader de motivation), mais dans la plupart des équipes, et notamment dans les équipes performantes, plusieurs joueurs de l’équipe endossent l’un des quatre rôles. Ainsi la responsabilité du leadership ne repose pas sur un individu mais sur plusieurs joueurs, qui possèdent des compétences différentes, qu’ils utilisent à bon escient selon les exigences de la situation.

L’équipe de France de football féminin a maintenant toutes les clés psychologiques pour remporter la prochaine coupe du monde cet été !

Chloé Leprince, Psychologue du Pôle France Féminin de Football et doctorante en psychologie du sport, Institut national du sport de l'expertise et de la performance (INSEP)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Chloé Leprince  -  25/03/2019

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